Travail critique sur l’hypnose hypermoderne

Image : En dehors du champ de l’hypnose, exemple de séance de thérapie entre Gloria et Fritz Perls, un des inventeurs de la Gestalt-thérapie

Un problème général

Ce que nous allons dire de l’étude de l’hypnose pourrait être dit de la plupart des thérapies.
Même les écoles qui prétendent/tentent de travailler sur la base de protocoles de soins  ne peuvent empêcher la diversité des praticiens, des patients et des relations praticien-patient.

Mais où est l’objet de recherche ?

Pour faire un travail critique il faut un « objet » de recherche.
Si l’on cherche un objet de recherche dans l’hypnose hypermoderne on trouve :

  • des praticiens aux profils très différents
  • des séances basées sur la créativité à deux – du praticien et du patient

Dans un premier temps l’objet de travail critique « hypnose hypermoderne » n’existe pas.

Ils ne font pas ce qu’ils disent qu’ils font

Les écrits des praticiens

Les praticiens dont nous parlons juste après écrivent des ouvrages dans lesquelles ils disent « Pour être un bon thérapeute il faut faire ceci … »

Ce que font réellement les praticiens

Il ne s’agit pas de traiter ici des praticiens qui « trichent » mais des praticiens qui disent honnêtement « ceci est ma méthode » mais n’ont pas réalisé les composantes en particulier corporelles de leurs pratiques – gestes, inflexions de la voix, humour, etc.

Dans les années 70 la mode est à la modélisation.
Dans le domaine clinique on analyse des vidéos ou des séances live de Milton Erickson, Fritz Perls, Virginia Satir, Frank Farrelly, etc..

Voir par exemple un cas hors hypnose :  Perls & Gloria.

L’observation est celle d’un écart très conséquent entre :

  • ce que les praticiens écrivent comme « une séance doit se passer comme ceci …« 
  • la richesses des nuances du vocabulaire, des inflexions de la voix, etc. = ce qu’ils font réellement quand ils sont devant/avec les patients

Les écrits des praticiens

A la suite de ces travaux les praticiens ont été plus attentifs à ce qu’ils font réellement.
Mais, lorsqu’ils écrivent, il y a aussi la question de ce que leur lecteur peut entendre.
Il est donc très hasardeux de faire un travail critique sur l’hypnose hypermoderne à partir de ce que les praticiens écrivent car la contrainte sociale est importante.

Un travail critique sans objet ?

Le chercheur critique se trouve donc devant une grande difficulté : il n’a pas d’objet pour sa recherche.

Le travail d’auto-critique

C’est l’histoire d’un praticien qui, chaque semaine, prend une heure de son temps pour parler de sa pratique à un autre praticien – en l’occurence anthropologue et psychanalyste.
Ce travail permet un certain degré d’auto-critique – voir aussi intervision.
Son travail d’écriture lui permet également de s’interroger.
Ce praticien donne des cours de sensibilisation à la connaissance de la pensée à une classe de mastère. Salomé, une des étudiantes, lui demande de faire un travail thérapeutique avec lui.
Un premier problème se pose : cette jeune femme a déjà travaillé avec deux thérapeutes du système officiel de son pays ; chaque fois cela s’est terminé par une relation sexuelle thérapeute-patient.
Le risque est alors, pour le nouveau praticien, qu’il se tienne trop à distance de la jeune femme.
Le second problème est que la jeune femme et ses amies du mastère lisent beaucoup d’articles « psy » de toutes sortes et se construisent une idée de ce qu’est la thérapie.
Au lieu de présenter spontanément leur histoire, ces jeunes femmes apportent des biais, des distorsions dues à leurs lectures et à leurs discussions.
Globalement ces jeunes femmes on une difficulté à être en relation authentique avec elles-mêmes.
Le praticien s’est beaucoup interrogé sur la relation thérapeutique avec Salomé puisque cette dernière s’est suicidée.
C’est le jour de l’enterrement que le praticien a appris, par la famille de Salomé, le grave traumatisme qu’elle avait vécu.
Le traumatisme a eu lieu quand Salomé était encore dans le ventre de sa mère.
Cette dernière a été témoin de la mort de sa propre mère, écrasée par un camion.
Pourquoi Salomé n’a-t-elle jamais parlé de ce traumatisme au praticien ?

  • la confiance ne s’était pas établie ?
  • les relations précédentes avec des thérapeutes avaient-elles été trop invalidantes ?
  • le biais apporté par les lectures était-t-il trop important – on pense au cas d’Emma Bovary ?
  • le praticien a-t-il fait une erreur qui lui a échappé ?

Second exemple de travail d’auto-critique

Lylie est une belle jeune femme. Elle consulte ce praticien sur le conseil de sa cousine qui a été satisfaite du travail fait qu’elle nomme « déblocage de ma créativité artistique« .
Lylie vient pour : « déblocage de ma relation avec les hommes et de ma fécondité »
Un premier problème se pose : cette jeune femme a déjà travaillé avec deux thérapeutes du système officiel de son pays ; chaque fois cela s’est terminé par une relation sexuelle thérapeute-patient. (même phrase/antécédent que dans le cas précédent)
La tenue vestimentaire de Lydie – tenue de surface limitée et de transparence notable – est une caractéristique des premières séances.
Le risque est alors, pour le nouveau praticien, qu’il se tienne trop à distance de la jeune femme.
Effectivement, un moment clé de la thérapie se produit quand Lylie quitte sa dynamique de séductrice pour une dynamique « je suis une petite fille, j’ai envie d’être dans vos bras !« .
Autant le praticien ne pouvait pas prendre dans ses bras la femme séduisante, autant il n’a aucun problème à prendre dans ses bras la petite fille – même si c’est le même être humain avec la même « tenue vestimentaire de surface limitée et de transparence notable« .
On voit ici un exemple de difficulté à rapporter un cas clinique pour en faire un objet de recherche. La pruderie et la pudibonderie se portent bien !
Alors rapporter cela dans un congrès, etc. n’est pas facile.
Le rapporter ici de manière anonyme est possible.
Mais revenons à Lydie qui arrive à nouer une relation avec un homme et ils font un enfant.
« Thérapie réussie ! » pourrait dire le praticien.
Pas tant que ça puisque le praticien apprend par la cousine de Lydie que le couple n’a pas « tenu ».
Mais là encore, le praticien pouvait-il anticiper ? Avait-il le pouvoir que la thérapie soit poussée un peu plus loin ? Le modèle « enfant élevé par ses deux parents » est-il le bon modèle ? Ces questions restent sans réponse.

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